Dominique Massaut

Evasions d’un aï

Avant-dernières pensées de fin de millénaire.

J’ai la chance d’avoir un toit. Et, sous le toit, un petit appartement. J’ai la chance d’aimer mon petit appartement. J’ai la chance d’aimer ma rue. Ma rue est chaleureuse. Mon appartement est chauffé. J’ai la chance de payer 3000F de loyer pour l’appartement que j’aime dans la rue que j’aime. Et 3000F par mois c’est pas beaucoup et moi j’aime que je ne paie pas beaucoup pour mon loyer malgré que beaucoup de gens n’aiment pas que je ne paie pas beaucoup pour mon loyer je le vois bien sur leur tête quand je leur dis que je paie 3000F de loyer. Aussi j’ai la chance d’avoir de la lumière qui rend encore plus chaleureux mon petit appartement chauffé dans la rue chaleureuse. Et ce soir, j’avais encore la chance d’avoir chez moi des pâtes en tire-bouchon et de la margarine vitelma et du gruyère râpé parce que j’aime les pâtes en tire-bouchon avec de la margarine vitelma et du gruyère râpé. Et j’ai aussi de la chance d’avoir de l’eau qui coule du robinet et une casserole et une cuisinière avec du gaz dedans qui vient tout seul quand on tourne le gros bouton et qui donne du feu qui se maintient tout seul quand on craque une allumette tout près et tout de suite après avoir tourné le gros bouton sinon i pourrait y avoir une explosion et alors je n’aurais pas de chance alors évidemment. Mais aujourd’hui je me dis que j’ai de la chance et en particulier que j’ai de la chance d’avoir tout ça ensemble aujourd’hui parce que en rentrant chez moi j’avais envie de pâtes en tire-bouchon avec ce que vous savez déjà parce que je l’ai déjà dit et j’ai de la chance parce que si, par exemple, je n’avais pas de casserole ou pas de cuisinière qui fonctionne avec le gros bouton et le gaz et l’allumette ou pas d’eau par exemple eh bien j’aurais été bien embêté parce que alors je n’aurais pas pu cuire les pâtes en tire-bouchon que j’avais la chance d’avoir chez moi et alors ça aurait été pas de chance parce que les pâtes pas cuites du tout c’est pas bon tout le monde est d’accord là-dessus même avec de la margarine vitelma et du gruyère râpé. Donc j’ai de la chance aujourd’hui, que je me dis. Et que aujourd’hui ce soit Noël a finalement très peu d’importance.

Ecrire dans un langage plus « commun », plus quotidien, qui se doit en tout cas d’être perçu à la première écoute, du moins dans l’un des aspects dont il est porteur – même si cet aspect peut à l’occasion s’extraire de la raison, s’évader, qui sait, jusque dans la musique pure. Ecrire dans l’urgence, dans l’engagement, même le plus bref, même le plus immédiatement contredit. Ecrire à travers les délices de l’oralité… Ecrire – à haute voix – ces « évasions d’un aï » au travers des brusqueries d’un monde de plus en plus urbain, bolide et cacophonique, aux microchimies mégalomanes, où les ruptures succèdent aux ruptures, les intermédiaires aux intermédiaires, où la planète-même semble se déboussoler. Poser cet acte d’écriture pas à pas – et l’air de rien ? – car… il est si lent, l’aï, si infime est la partie détectable de sa progression, que personne, jamais, ne s’aperçut qu’il était en incessante voie d’évasion…

Le livre est livré avec un CD reprenant certains des textes du livre mis en voix et accompagnés par des musiques de Mahmoud Barkou. Le CD ne peut être vendu séparément.


Pour commander ce livre-disque, rendez-vous sur rezolibre ou sur le site de l’arbre à paroles

Ecoutez ici un extrait du CD : Avant-dernières pensées de fin de millénaire.


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